CCAM

CCAM / Scène Nationale de Vandoeuvre

Esplanade Jack Ralite, Rue de Parme

54500 Vandœuvre-lès-Nancy

Tél 03 83 56 83 56

Philosophie

Le Centre Culturel André Malraux est un établissement culturel dédié aux langages et aux pratiques artistiques d’aujourd’hui. Depuis deux décennies, le label «  Scène Nationale  » lui a été attribué par le Ministère de la Culture. Convaincu que les artistes d’aujourd’hui ont une aptitude et une légitimité particulières à s’adresser aux citoyens d’ici et de maintenant, le CCAM soutient la création et met en œuvre la diffusion d’un répertoire contemporain. Structure généraliste, le CCAM promeut une grande variété de disciplines artistiques : de la musique à la photographie, de la danse à la marionnette, du théâtre à la bande dessinée en passant par les arts plastiques.

Ses saisons sont rythmées par des temps forts aux premiers rangs desquels :
> le Festival Musique Actionfondé en 1984 et consacré aux musiques de création
> Wonderlandun temps fort polymorphe destiné à faire goûter la création contemporaine au jeune public. 


L'invention permanente

Parfois, le monde semble sorti de ses gonds et s’être lancé dans une course effrénée vers un chaos. L’art et les artistes n'ont pas le pouvoir d’empêcher le fracas de l’époque, mais ils contribuent à entretenir une forme de réflexion collective et de désir de prendre en considération l’autre, celui qui est différent de nous.

Après deux années marquées par les catastrophes, la claustration et l’éloignement, il est plus que temps de nous retrouver, de nous rassembler autours de gestes poétiques et de nous réinventer des espaces communs. Alors, pour la première fois depuis de longs mois, nous dévoilons une saison dans l’espérance raisonnable que son déroulement ne soit pas interrompu ou altéré.

La Scène Nationale qui se dessine derrière cette programmation n’est plus tout à fait la même que celle qui opérait avant 2020. Le premier changement a consisté à inviter un artiste complice à dessiner cette saison avec nous. Il s’agit de Gurshad Shaheman, dont vous avez pu découvrir depuis plusieurs années les créations au CCAM, de Pourama, Pourama aux Forteresses en passant par Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du Prophète. Avec lui, nous avons longtemps parlé des raisons qui nous font aimer les artistes, les présences en scène, les gestes créatifs, les propositions les plus folles. Ensemble, nous avons élucubré d’innombrables possibilités. Nos imaginations nous ont même amené jusqu’à inventer une forme de temps fort qui n’existera qu’une seule et unique fois et qui se nomme Strange Days. Ces deux mots vous évoqueront peut-être une chanson foraine et mélancolique des Doors, mais ce n’est pas exactement de cela qu’il s’agit. Strange Days a pour objet de présenter durant une semaine des propositions artistiques aussi inclassables qu’irracontables. Pourquoi faire cela ? Parce que nous ressentons la nécessité de faire place à une forme d’absolue liberté, pour combattre la grisaille. Au sortir de l’hiver, vous pourrez venir sentir souffler ce vent d’invention et de déraison.

Plus encore qu’avant, nous souhaitons que le CCAM témoigne de la diversité culturelle et se fasse le miroir de la richesse des imaginaires qui habitent notre pays et se déploient par delà les frontières. Par exemple, avec nos amis de Diwan en Lorraine, à l’occasion du Salon du Livre d’ailleurs, nous présenterons le projet Shaeirat qui est créé à l’été 2022 au Festival d’Avignon et qui met à l’honneur quatre femmes poètes originaires de Palestine, de Syrie ou du Maroc.

Nous rêvons d’une Scène Nationale solidaire et inclusive, d’un lieu où chacun puisse trouver sa place. En ce sens, nous continuons à nous engager pour donner accès aux personnes malentendantes avec un spectacle théâtral traduit en LSF et une première utilisation de gilets vibrants sur une pièce de danse.

Cette programmation fait se côtoyer des jeunes talents tels que le chorégraphe Simon Feltz ou le metteur en scène Youssouf Abi-ayad et des signatures reconnues internationalement telles que celles de Tiago Rodrigues, le futur directeur du Festival d’Avignon, le collectif flamand tg STAN ou Fouad Boussouf qui, après le succès retentissant de Näss (présenté la saison dernière) revient avec une pièce inspirée par la diva égyptienne Oum Kalthoum.

Il y aurait encore tant et tant à raconter au sujet des artistes qui composent cette saison, de Musica à Nancy à nos balades hors les murs, en passant par nos histoires de fantômes... Il suffit probablement de laisser libre cours à sa curiosité et de partir à la rencontre de ceux dont la vie est dédiée à l’invention.


Regard complice : Gurshad Shaheman

Mon histoire avec le CCAM remonte à longtemps déjà. J’y suis d’abord arrivé pour faire une performance dans le cadre de l’édition 2012 du festival Il faut brûler pour briller. Parmi les spectatrices se trouvait Perrine Maurin que j’avais rencontrée près de dix ans plus tôt sur un projet de Thierry Bedard et de Reza Baraheni. Ces retrouvailles ont été le point de départ d’une collaboration qui allait durer plusieurs années. J’ai travaillé aux côtés de Perrine en tant qu’acteur et/ou dramaturge sur trois spectacles : Les Règles de l’Art, Contrôle et AK47, tous trois créés avec le soutien et l’accompagnement du CCAM. Nous avons aussi organisé ensemble un laboratoire de recherche dans Vandœuvre-lès-Nancy autour de la question de la performance dans l’espace public. Au fil des projets, mes liens avec le CCAM se sont renforcés et j’y ai trouvé un soutien solide pour accompagner et diffuser mes propres projets. C’est ainsi que vous avez pu découvrir Pourama Pourama, Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète ou encore Les Forteresses. Avec le temps s’est tissé entre nous une confiance et une complicité précieuses.

Aujourd’hui, un nouveau volet s’ouvre dans l’historique de nos collaborations puisque le CCAM m’a convié à participer à l’élaboration de la programmation de la saison 2022/2023 en tant que conseiller / regard complice. Il y a un an, lorsque l’invitation m’a été faite par la direction de la rejoindre dans cette aventure, j’étais très heureux à la perspective de cette ramification inédite de nos relations. Mais, cette joie était aussi teintée d’une certaine peur : allais-je être à la hauteur de la mission qui m’était confiée ? Étant donné que les personnes chargées de la programmation au sein de la maison, à savoir Olivier Perry, Anne-Gaëlle Samson et Virginie Hopé-Perreaut ont une expertise sinon exhaustive en tout cas très étendue de la scène contemporaine française et internationale, pouvais-je vraiment apporter une plus-value à l’édifice ?

Par goût du risque, j’ai accepté la proposition et nous avons commencé une période de réflexions et d’échanges intenses. Nous nous retrouvions tous les quatre, une fois par mois pour une réunion de trois heures sur zoom. Entre les rendez-vous, je menais des recherches de mon côté pour être en mesure de leur faire des propositions pertinentes lors de notre prochaine réunion. Mon rapport au spectacle a changé : toutes mes sorties au théâtre sont devenues des investigations et je jugeais les pièces que je voyais à l’aune des besoins de la programmation. Pour la première fois, non seulement j’assistais à la fabrique d’une saison théâtrale de l’intérieur mais j’en étais un des acteurs. Balayer la multitude des propositions artistiques du moment m’a permis aussi de remettre en perspective mon propre travail en analysant de près le paysage dans lequel il s’inscrivait. J’ai aussi pu prendre la mesure de la difficulté du travail de programmation qui est un délicat jonglage entre divers critères et contraintes afin de trouver un juste équilibre : respecter la parité des artistes invité.e.s et/ou accompagné.e.s en production, respecter l’équilibre des diversités des disciplines, offrir une proposition variée et riche qui s’adresse à tous les publics tout en se pliant à des contraintes de calendrier et des limites financières…

Progressivement, je commençais à trouver ma place dans ce quatuor et cerner l’endroit où je pouvais apporter une pierre à l’édifice. Par exemple, vivant à Bruxelles depuis huit ans, j’ai une connaissance de terrain en ce qui concerne la création belge. Ainsi j’ai pu proposer à la programmation des artistes belges qui me touchent dont certain.e.s sont retenu.e.s dans la saison comme Léa Drouet, Cédric Eeckhout ou encore Myriam Saduis. Trois artistes dont je me sens particulièrement proche et qui abordent, chacun.e à sa manière, la question de l’appartenance à une terre et interrogent la fabrication de nos identités intimes, individuelles et collectives en fonction des héritages dont nous sommes les dépositaires. Venant d’horizons complètement différents, j’aimerais citer aussi Ali Chahrour et Noemie Ksikova que je suis heureux de voir programmés pour la première fois au CCAM. Et pour finir, je voudrais saluer Lucien Gaudion, mon collaborateur de toujours que vous retrouverez lors de Musique Action dans la pratique pure de son art.

Quant à nous, nous nous reverrons en toute intimité fin février pour un tête à tête lors de l’exposition/performance Bedtime.

Gurshad Shaheman, mai 2022


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